La Légende de la Sirène (de la Beune)

lundi 8 août 2011
par  Maylis Cazaumayou

TEXTE DU BERGER CAZA
Caza était un conteur et un "raconteur" merveilleux, plein d’imagination poétique et d’humour, mon enfance s’en souvient particulièrement
.
Pour ce texte, Caza est parti d’une légende existante, (« La sirène du lac  ») qu’il a enrichie surtout de son imaginaire, mais aussi d’autres légendes du coin (« le berger Bidou et l’Ours  »), de personnages vivant encore (ce qui faisait rire les autochtones !) et de personnages historiques de St Paul comme le Baron de Blonay, de chansons populaires et aussi de Jacques Dutronc !
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Ce spectacle a été donné au bord du lac de la Beunaz entre les années 1956 et 1982, puis mêlé àune version moderne et humoristico-acrobatique, qui devint ensuite Acrobatos le Retour" jusqu’en 1994 créée et mise en scène par son petit-fils Laurent Chrétien, accompagné parfois de son cousin Jérôme Caza déjàen 1981 ! (photos dans le texte).

Parmi toutes les sirènes, Anita Caza fut la première, suivie de beaucoup d’autres dont Geneviève Chapelle championne de France solo de « ballet nautique  » natation synchronisée de l’époque, Maylis Caza, et son poisson-pilote Maïténa, Alice Maczkó, Armelle Gerdil, Christine Duvernois et celles que j’oublie…


Mots en patois savoyard :
Les fayards sont les hêtres.
Nom de Gou signifie nom de Dieu en patois savoyard.
Le crô est un trou.
La Gottetaz est un quartier de la Beune qui signifie « la goutte  » mais probablement pas la goute d’eau car la goutte c’est aussi l’eau de vie, et il y eut justement un halambic pour faire la « gotte  » ou la gnole au hameau.
Un tacamaneuil, un bobet : autres termes pour simplet.


Le texte ci-dessous avec les musiques indiquées, est celui du spectacle classique utilisé jusqu’aux années 80.
A partir de 1981, Laurent et Jérôme mirent en scène une légende de la sirène avec d’autres musiques plus modernes (dont le premier fut dédié par eux pour son grand bonheur, àCazette hospitalisée àEvian, c’était le début de la dégradation de sa santé qui l’emportera 14 mois plus tard).
Cette mise en scène engendra donc plus tard le spectacle de Laurent « Acrobatos"


LA LEGENDE DE LA SIRENE ©

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Une des affiches de la Légende de la Sirène

Et voici la Légende de la Sirène de la Beune :

Ce soir, bonnes gens, oubliez vos peines ! Oyez la légende toujours jeune !… Oyez la Légende de la Sirène que vous conte àprésent le Berger de la Beune !
…

Musique

Jadis les forêts de sapins, les bois de fayards, les prairies, les marécages et les lacs de la Beune, offraient aux humains l’apparence d’une solitude effrayante !
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Musique Echoes du Pink Floyd, lumières sur la forêt

Mais en réalité tous ces lieux désolés étaient hantés par une foule d’êtres étranges. Les fées, les elfes, les sirènes et les tritons, les trolles, les schtroumpfs, les fantômes, les djinns, les diablotins, les lutins, les sorcières, les satires et les chèvre-pieds, se livraient chaque nuit, sur les eaux, au grand sabbat de leurs jeux fantastiques et merveilleux…

Concerto nr 1 de Tchaïkovsky + fête + ballet

Et dans les airs, apparaissaient, semant la terreur, d’autres êtres de rêves…

Musique, Télébeune

Or, sur toutes ces divinités infernales, régnait souverainement, la plus ravissante des sirènes.

Chant solo (La chanson de Solveig), apparition de l’île de la sirène

Sa voix était sans pareille.

La Chanson de Solveig - Peer Gynt - Grieg

Et toutes les divinités des eaux, nymphes et sirènes, néréides et tritons, quittant la blanche couronne de nymphéas qui entourait le lac, s’empressaient de lui rendre hommage en essayant de l’attirer dans leur gracieux divertissement.

Ballet nautique

Cédant àleur humble supplique, la sirène quittait alors son île, pour se mêler àses admirateurs et leur montrer qu’aux jeux de l’eau qu’elle avait pratiqués depuis sa plus tendre enfance, elle était d’une aisance divine et d’une grâce incomparable.
Et ils lui faisaient une escorte d’honneur, tandis qu’accompagnée de sa petite sirène-pilote, elle se livrait àson grand ballet aquatique.

Ballet nautique : le Lac des Cygnes 1er mouvement - Tchaikovsky

Mais la sirène était également dotée de pouvoirs magiques. Elle avait en particulier le don d’exaucer les vœux des amoureux en peine, àcondition que leurs cœurs soient purs.
Ainsi, vinrent au bord du beau lac, la jolie Bédouna de Bernex et son fiancé Isidore Peillex, natif de Circel devenue maintenant Saint-Paul, JPEG - 29.1 ko àqui leurs parents refusaient cruellement le mariage car ils étaient de deux villages héréditairement ennemis.

(Canon de Pachelbel - rencontre des deux personnages

Ils implorèrent la sirène qui les maria et ils s’embarquèrent vers le bonheur et voguèrent longtemps sur les eaux calmes du lac et d’une vie paisible, pendant laquelle ils eurent beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup… d’enfants, car la bonne fée Pilula en ces temps, n’était pas encore là.

Ils embarquent et disparaissent.

Mais les amoureux n’étaient pas seuls àvenir au bord du lac idyllique. La noblesse mâle du pays n’était pas insensible aux charmes terrestres de la belle fée qui surpassaient de très loin pour la beauté des formes, toutes les dames des châteaux environnants de Chillon àBlonay en passant par Lugrin, Buffavent ou Ripaille.
Ainsi un soir, le chevalier Aymon Dunant fit-il avec le baron Chilpéric de Blonay un monstre pari de 3000 écus d’or revenants au premier des deux seigneurs qui obtiendrait les faveurs de la sirène.
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(Musique Le Vaisseau Fantôme de Wagner et Daphné et Chloé de Ravel, le pari)

Et voilàpar une sombre nuit, Chilpéric embarqué sur un frêle esquif et voilàla sirène apparue, et voilàle baron envoà»té par son charme… Il s’approche… il s’approche… et le voilàenfin dans les bras de la belle… et le voilàentraîné au sein des abîmes sans fond, dans un tourbillon magique et transformé immédiatement en nénuphar.
Victorieuse du triste sire, la sirène offrit alors àses amis son ballet triomphal.

Musique L’Adagio d’Albinoni, ballet nautique en solo

A la même époque, dans toute la contrée, un ours énorme répandait la terreur : dans notre village autrefois, un ours énorme ravageait les bois. Il faisait peur aux bà»cherons et des bergers, mangeait tous les moutons. JPEG - 22.1 ko Le syndic et le baron de Blonay dirent en colère : « Cela ne peut plus durer, il faut avoir sa peau, nom de Gou !  » et le baron ajouta : « Je promets ma fille Bédouna, qui est pucelle et belle nana àqui, ou noble ou pastoureau, ici de l’ours ramènera la peau.

Musique

Mais la peau de l’ours était plus facile àvendre qu’àprendre et quand le monstre survint, ravageant la contrée, déracinant les sapins séculaires, écrasant les chalets, s’attaquant même aux montagnes et pourchassant les malheureux manants, ce fut la grande peur dans les villages du Gavot !
Alors les plus fameux chasseurs du pays, conduits par le célèbre Gaston de la Renardière, la terreur des sangliers, se ruèrent bravement sur lui.

Musique, combat entre l’ours et les chasseurs

Mais sur le cuir du fauve, ni les plus solides épieux, ni les plus tranchants coutelas, n’eurent le moindre effet. L’ours, AH ! AH ! ne fit qu’en rire. Des chasseurs, il ne fit qu’une bouchée et les transforma en chair àpâté, qu’il jeta aux brochets et aux écrevisses du lac.

Musique guillerette, apparition du berger Bidou

C’est alors qu’apparut le berger Bidou àla Nique, un simplet, un tacamaneuil, un bobet qui passait son temps àrêver en gardant ses moutons sur le mont Bénant, tout en tressant des crins de queue de vache. Et le berger Bidou tout malin quoiqu’on en dise, résolut de réussir làoù les autres en avaient été pour leur courte honte. Laissant làses tressages, il creusa sur le passage du fauve une fosse, un « crô  », qu’il recouvrit de branches, de terre et de feuillages de bouleaux et de fayards, puis ayant pris des nids d’abeilles sauvages, il sema une traînée de miel pour attirer l’ours dans le chemin où il avait fait sa trace. Et tout en sculptant l’écorce d’un tronc, il chantait entre ses dents : « Moi, j’ai un piège àours, un piège-bidou, c’est un crô extra, bientôt « Crô Bidou  », l’ours y tombera àgenoux !  »

Musique, suspense

Et l’ours en effet, suivant en flairant la traînée de miel, tomba dans le piège. Et Bidou n’écoutant que son courage, se jeta sur lui avec rage !… l’emprisonna dans ses tressages et le ramena au village, accueilli bien entendu, par les vives acclamations de tout la population…

Liesse des villageois.

Pour fêter sa victoire, il revint le lendemain de sa ferme de la Gottetaz, conduisant au bord du lac magique sa vieille mère aveugle et àson tour, il implora la sirène

Bidou et sa mère

« O Reine des sirènes, tu sais de quel pur amour mon cÅ“ur brà»le pour toi ! Exauce mon vÅ“u : rends la vue et la jeunesse àma vieille mère aveugle et je serai ton esclave àtout jamais !  »

Musique mystérieuse

Et aussitôt, surgissant d’entre les longs roseaux, la sirène apparut et accomplit le merveilleux miracle !

La mère retrouve vue et jeunesse !

Eperdu d’amour et de reconnaissance, pour remercier la sirène, Bidou lui offrit alors le plus extraordinaire festival des acrobaties dont àson berceau, la fée Trampolina lui avait fait cadeau.

Musique, trampoline etc…

Puis dans un dernier élan, il bondit au sein des eaux et ils disparurent ensemble et… nul n’entendit plus jamais parler d’eux, jusqu’en ce soir où le berger de la Beune vint vous conter, chers amis, leur merveilleuse légende avant de disparaître lui-même au sein du lac magique dans le dernier plongeon de sa vie !….
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FIN et Feu d’artifice.

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©André Caza


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